Historique de la Sous-Préfecture de Commercy

 
 

 

Les premiers locaux dispersés dans la ville

Lors de la création des sous-préfectures le 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), la rivalité entre les villes de Saint-Mihiel et de Commercy pour obtenir des sièges d’institutions est réglée par l’attribution du tribunal à Saint-Mihiel et de la sous-préfecture à Commercy.

Le premier sous-préfet, Charles François Hussenot, est logé dans une maison particulière tandis que ses bureaux sont installés au presbytère [1].

Le 26 frimaire an X (17 décembre 1801), il écrit au préfet pour l’informer des difficultés qu’il rencontre pour installer ses services dans des locaux suffisamment spacieux pour leur assurer un fonctionnement normal. En effet, en deux ans la situation ne s’est guère améliorée : il occupe trois maisons dans Commercy : une pour ses bureaux, une pour les adjudications et une pour les archives.

Or il se trouve qu’à Breuil, dans les faubourgs de la ville, les bâtiments du prieuré des Bénédictins – dont l’ordre a été supprimé en 1790 – ne sont que partiellement occupés par la gendarmerie nationale installée dans l’ancien collège et dans l’aile droite.

C’est ainsi que le préfet autorise, le 29 frimaire an X (20 décembre 1801), le sous-préfet à installer ses services dans le bâtiment central et dans l’aile gauche du prieuré de Breuil.

L’installation dans l’ancien prieuré de Breuil

Cette situation n’est pas sans poser de nouveaux problèmes.

D’une part, l’éloignement du centre ville isole la sous-préfecture des autres autorités locales ; à cette époque, le quartier de Breuil est séparé de la ville [2] de Commercy par une zone de terres et jardins qui ne s’est urbanisée qu’à partir de la fin du XIXe siècle.

D’autre part, les bâtiments de l’ancien prieuré sont peu entretenus depuis leur construction au début du XVIIIe siècle.

Les coûts d’entretien deviennent vite exorbitants pour les finances du département, chargé du financement de ces bâtiments : entre 1810 et 1820, les murs d’enceinte, les arcades et la toiture sont partiellement refaits.

A partir de 1830, le sous-préfet se met donc en quête d’un nouveau bâtiment et consulte les propriétaires de Commercy.

En 1833, à la suite du décès de Jean-Baptiste Leblanc, receveur particulier des finances, sa veuve propose de vendre une maison capable d’abriter la sous-préfecture. Le préfet appuie favorablement cette solution auprès du Conseil général. En effet, à ce moment, le sous-préfet de Commercy craint le pire et écrit en mai 1832 qu’" il est malheureusement trop évident que la détérioration complète de l’édifice est imminente par suite de la surcharge que la couverture actuelle fait peser sur les murs ". Il propose d’ailleurs aussi à ce moment, comme autre solution, de remplacer la toiture par une couverture en zinc et de supprimer le fronton où se trouve l’horloge.

Un hôtel de sous-préfecture définitif en centre ville

En 1833, le préfet, agissant au nom du département, autorise la vente du prieuré, qui ne trouvera d’ailleurs pas d’acheteur malgré d’autres tentatives de vente jusqu’en 1837. C’est probablement pour cette raison, et afin d’amortir les coûts, que le Conseil général, par décision du 28 août 1852, y transfère l’école normale d’instituteurs.

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La maison Leblanc dans les années 50

Le préfet acquiert donc la maison récemment construite des héritiers de Jean-Baptiste Leblanc ainsi qu’une remise mitoyenne appartenant à Nicolas Beugon, maître de forge. Après quelques travaux d’aménagement, la sous-préfecture s’y installe la même année. Contre toute attente, deux ans plus tard, en 1835, le Conseil général change de position et propose de vendre la maison Leblanc (pour 28 000 F. alors qu’il l’avait achetée 38 000 F.) et de replacer la sous-préfecture dans les bâtiments de Breuil en y affectant 16 000 F. de travaux.

Cette décision, prise en raison des difficultés rencontrées pour vendre l’ancien prieuré et des coûts d’entretien élevés qui se maintiennent, provoque un tollé général des membres du conseil d’arrondissement, de nombreux maires et des habitants ; l’affaire est portée devant le Conseil d’Etat qui rejette cette proposition.Le sous-préfet Fournier, nommé en 1832, peut donc désormais envisager l’amélioration de cet hôtel particulier qui va abriter ses services. Le bâtiment situé au coin de la rue d’Orléans (devenue rue Carnot et actuellement avenue Stanislas) et de la ruelle des Watots est composé de deux étages avec combles, et agrémenté d’un vaste terrain auquel s’ajoute le bâtiment situé en face, de l’autre côté de la ruelle.

En 1849, un terrain provenant de la succession de Simon Reydelet, capitaine de cavalerie, vient d’abord agrandir les dépendances. La salle de réunions du conseil d’arrondissement se situe alors dans le hall du rez-de-chaussée.Cependant, depuis le déménagement, il manque toujours une salle d’adjudication nécessaire à la réunion d’une assemblée importante – notamment lors des adjudications de travaux publics. Le projet est élaboré en 1851 ; il comprend la démolition de l’ancienne remise de la ruelle des Watots et la construction, à son emplacement, d’un bâtiment servant à abriter une salle d’adjudications, une salle d’archives et la loge du concierge. Le mur de clôture du jardin de la sous-préfecture doit aussi être rectifié afin d’élargir le passage de la ruelle. Ces travaux ne seront réalisés qu’en 1867.

Ce bâtiment annexe est définitivement modifié en 1928 pour servir à la conservation des archives de la sous-préfecture ; la salle des adjudications au rez-de-chaussée est alors utilisée près de la moitié de l’année pour les cours municipaux de dessin organisés par la ville de Commercy.

1913 est une année importante dans l’histoire du bâtiment principal du 21 rue Carnot : les services administratifs sont regroupés au rez-de-chaussée tandis que le logement du sous-préfet est aménagé au premier étage ; l’électricité et le chauffage central au charbon sont posés, la toiture est remplacée et le ruisseau qui traverse le jardin, qui ressemblait d’ailleurs plutôt à un égout, est couvert. Les travaux s’étalent jusqu’en 1916 en raison des difficultés dues à la guerre : les matériaux sont devenus rares et chers, l’adjudicataire des travaux de plomberie, M. Vauthier, est réfugié à Beaune et le recrutement de la main d’oeuvre devient difficile. De mai 1914 à mars 1916, le sous-préfet Vallat est provisoirement logé au 13 rue Porte-au-Rupt à Commercy dans un appartement loué par le département.

La modernisation et l’extension du bâtiment

Le problème de l’exiguïté du bâtiment, mal adapté à la réception du public et manquant de bureaux, se pose à nouveau au cours des années soixante. En avril 1964, le projet d’acquérir l’immeuble voisin pour une extension amène le département à n’assurer que le minimum d’entretien dans le bâtiment de la sous-préfecture qui commence alors à se dégrader.

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L'actuelle entrée de la sous-préfecture

Les études sont enfin réalisées en 1968 et le projet lancé en 1971 sous la houlette du sous-préfet de l’époque R. Lion : il prévoit l’acquisition de la maison mitoyenne et la reconstruction d’un nouveau bâtiment au même emplacement. L’année suivante, les architectes Paul Christian de Bar-le-Duc, puis Philippe Metrich de Savonnières pour la rénovation de l’ancien bâtiment, sont chargés de mener ces travaux évalués à 1 000 000 F, à la charge du département.

Ce projet suscite une certaine inquiétude, notamment pour l’aspect architectural du bâtiment moderne qui doit être intégré dans le centre de la ville de Commercy – qui date principalement du XIXe siècle.Le nouveau bâtiment comprend au rez-de-chaussée un hall d’accueil du public, un logement pour le concierge et un vaste garage dans le prolongement de la rue Carcano ; 5 bureaux sont réalisés au premier étage. Le bâtiment ancien subit lui aussi des transformations notables qui en modifient l’aspect : les deux portes d’accès donnant sur la rue Carnot sont remplacées par des fenêtres (il s’agit des troisième et cinquième fenêtres de la façade). La réception des travaux a lieu en 1977.

L’ancien bâtiment sert toujours de logement du sous-préfet avec au rez-de-chaussée une salle de réunions et de commissions. Il comporte un salon de musique, dont les boiseries du XVIIIème siècle sont classées monument historique. Il faut noter également que l’ancienne cloche du Prieuré de Breuil, également protégée au titre des monuments historiques, orne la salle de réunions. Après plus de deux siècles d’existence, aujourd’hui encore, la sous-préfecture de Commercy poursuit ses activités dans ces immeubles.

Le parc de la sous-préfecture a souffert lors de la tempête du 26 décembre 1999. Six arbres importants ont été abattus. De nouvelles plantations ont été faites le 19 février 2001 après dessouchage de ces arbres : un tulipier de Virginie, deux charmes et un magnolia.

Texte de Vincent Lacorde*,
Attaché de conservation du patrimoine,
Archives départementales de la Meuse

1 - C.E Dumont, Histoire de la ville et des seigneurs de Commercy
2 - Au Moyen Age, le Breuil était une paroisse distincte de celle ce Commercy

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